En 1380, alors que la guerre de Cent ans bat son plein, la France avait un roi de douze ans. C’était Charles VI. Il alla bien vite se faire sacrer à Reims. Quand il en revint, le dimanche 11 novembre, jour de la Saint-Martin, deux mille bourgeois de Paris, vêtus de blanc et de vert, allèrent à cheval à sa rencontre jusqu’au village de la Chapelle sur la route de Paris à Saint-Denis.
Le petit roi arriva. Il portrait une superbe robe bleue semée de fleurs de lys d’or. Pour entrer dans la ville, il passa sur sur les deux battants de la porte Saint-Denis qu’on avait arrachés et jetés en travers du fossé.
Les rues étaient tendues de tapisseries. Des fontaines y versaient des eaux parfumées, du lait, du vin. La foule, considérable, poussait des cris joyeux. Il y eut des joutes, des tournois.
La capitale ne devait revoir une aussi belle cérémonie que neuf ans plus tard, lors de l’entrée de la reine Isabeau de Bavière.
Entrée d’Isabeau de Bavière à Paris.
Charles VI était trop jeune pour gouverner.
Ses oncles les ducs d’Anjou, de Berry, de Bourgogne s’en chargeaient à sa place. Ces princes aiment l’argent. Ils mirent les finances de l’État au pillage. Ils oublièrent que leur frère Charles V, mourant avait déclaré que les impôts étaient trop lourds et qu’il fallait les diminuer.
Charles V et Jeanne de Bourbon au musée du Louvre.
Eux, au contraire, pour s’enrichir encore davantage, songeaient à les augmenter.
Le dernier jour de février 1832, un crieur à cheval parut aux Halles. Il annonça que la vaisselle du roi avait été volée. Les gens, étonnés, s’assemblèrent autour de lui. Quand il les vit nombreux, il leur cria que le lendemain des taxes nouvelles seraient levées sur les vives. Puis il s’éloigna au galop.
Les Halles de Paris au moyen-âge.
Le 1er mars, des percepteurs se présentèrent en effet aux halles.
Des furieux se jetèrent sur eux et en tuèrent plusieurs. Puis la multitude, poussant de grands cris : « Liberté! Liberté ! Aux armes ! » courut à l’Hôtel de Ville.
Là elle s’empara des maillets de fer préparés pour la résistance en cas d’attaque anglaise.
De là le nom de Maillotins donné aux émeutiers.
Ainsi armés, les révoltés se répandirent à travers la ville. Ils assommèrent des colleteurs d’impôts. Ils assommèrent aussi des juifs à qui ils ne pardonnaient pas de n’être pas chrétiens et d’êtres riches. Ils forcèrent les portes des prisons et mirent en liberté des prisonniers.
Revenus de leur surprise, les gens du roi se saisirent d’un certain nombre de ces mutins. On en pendit publiquement quelques-uns. En secret, on en jeta davantage à la rivière.
Un vent de révolution soufflait alors sur toute l’Europe, en Angleterre, en Flandre. Dans ce dernier pays, Charles VI marcha contre les habitants de Gand que son oncle le duc de Bourgogne, leur seigneur, ne pouvait dompter. Il les écrasa à Roosebeke.
Revenu victorieux à Paris, il poursuivit ses vengeances contre les Maillotins. Il ordonna de nouvelles exécutions. Il fit même décapiter un innocent , l’avocat général Jean Desmarets. Celui-ci, pour sauver sa vie, refusa de demander pardon de crimes qu’il n’avait pas commis.
Retour de Charles VI à Paris après la révolte des Maillotins.
La ville de Paris vit supprimer son prévôt des marchands, ses échevins, ses élus, toute sa municipalité. Elle fut entièrement soumise au prévôt du roi. Cette révolte la priva ainsi, pour une trentaine d’années, des libertés auxquelles elle était attachée.
Le règne de Charles VI, l’un des plus longs de l’Histoire de France, se terminera en 1422 dans les pires calamités à cause, tout simplement, de ce qu’il sera devenu fou et inapte à exercer son autorité.
Charles VI alité et son médecin. Miniature, vers 1470-1475.
Sources.
www.trashcancan.fr
Paris à travers l’Histoire. L.Brossolette. 1934
Très intéressant!
Passionnant Gérard!
Et ce qui nous marque particulièrement, c’est que ces évènements, à leur façon, résonnent avec ce qui heurte notre société…
La vie est faite de cycles, on s’en aperçoit bien. Ces cycles reviennent au gré du temps et ce, même si le « progrès » avance
Merci pour ce riche article, je te souhaite ainsi qu’à toute ta famille un excellent réveillon et je joins à ce petit mot de gros bisous d’amitié
Cendrine
Mon message s’est envolé, dommage…
Je te disais que ton billet est passionnant et j’évoquais les cycles de la vie qui reviennent, malgré ce qu’on appelle le « progrès »…
J’espère que ce petit mot sera bien validé…
Gros bisous Gérard ainsi qu’à ta famille et bon réveillon
Cendrine